La pute de la côte Normande


Ce livre de Marguerite Duras a été publié aux éditions de Minuits en 1986. Il s'agit du récit de l'écriture des yeux bleus cheveux noirs.

Couverture du livre La pute de la côte normande

Commentaire

Voici encore un livre de Marguerite Duras difficile à résumer. En fait, on ne parle de livre que parce qu'il a été publié, mais la réalité est qu'il ne s'agit que d'un opuscule d'une vingtaine de pages, publié la première fois dans Libération le 14 novembre 1986, dans la foulée des Yeux bleus cheveux noirs. Ca raconte la naissance de ce livre, alors que l'écrivaine est dans un hôtel de Trouville, face à la mer (Les roches noires) et rédige les pages de son futur manuscrit en compagnie de son amant Yann Andréa. Ce dernier a pour tache de taper le texte à la machine à écrire.

La relation entre les deux est houleuse. On entend des cris. L'été 1986 est difficile pour l'écrivaine, ce fut un moment de grande violence pour elle auquel son amant est mêlé en tant que sujet du livre. En effet, Yann reproche à sa maîtresse son désir d'écrire, son abnégation, sa volonté sans faille qui ne laisse pas de place à autre chose. Il lui reproche son manque de sociabilité, son manque de désir de sortir, de profiter de la vie. Lui est dans un mode réel, à Trouville, entre Casino et grand hôtel. Elle est dans un monde virtuel, imaginaire. Elle est dans l'écriture, elle vit pour ça, de ça, et aucun des deux ne comprend l'autre.

Extrait : Qu'est ce que vous foutez à écrire tout le temps, toute la journée ? Vous êtes abandonnée par tous.

C'est suivi, dans le texte, de la justification du titre, qui a dû suffisament marquer l'écrivaine pour en faire le titre :

Extrait : Vous êtes folle, vous êtes la pute de la côte normande, une connarde, vous embarrassez.

Ce livre est donc rédigé en même temps que les Yeux bleus cheveux noirs, mais il y a une différence entre les deux : Celui-ci est secret, non remis à Yann pour sa mise en forme. Yann provoque ce livre comme un évènement provoque un article journalistique, de façon mécanique, automatique. Ainsi lorsque le livre est terminé, celui-ci n'a plus de raison d'exister en tant qu'objet personnel, il peut tre publié pour témoigner de ce qui c'est passé ici pendant ce temps d'écriture. Et c'est ce qui se passe.


L'avis de l'auteure

En 1990 Duras livrera une interview au Magazine Littéraire. Elle revient sur sa nécessité d'écrire.

Quand on écrit on est souvent dans un état difficile à décrire, pas clair. C'est pratiquement impossible à expliquer. Je crois qu'on écrit vraiment que lorsqu'on croit ne plus écrire, ne plus être tout à fait maître de ce qu'on fait. En général tout le début est jeté. C'est quand je me laisse aller qu'il se passe quelque chose. Il y a à ce moment-là une sorte de désespoir de l'écrivain, d'abdication même : l'écrit arrive seul, dirait-on, fait.

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