La maladie de la mort


Il s'agit d'un roman de Marguerite Duras de 64 pages, écrit en 1982 et publié aux éditions de minuit cette même année.

Couverture du livre La maladie de la mort

Résumé

Comme souvent dans les romans de Marguerite Duras, il est difficile de résumer l'histoire parce qu'il s'agit plus d'une évocation d'une situation que du déroulement d'une action. Ici, nous sommes en présence d'un écrivain et d'une prostituée. Lui est homosexuel, il achète un corps pour tenter d'aimer, de trouver quelqu'un qui pourrait l'aimer. Elle, elle lui obéit aveuglément, se laisse explorer et attend que les choses se passent. Au final c'est elle qui peut jouir grace à lui, mais lui est bloqué dans sa condition d'homosexuel et ne ressent rien, aucun désir, aucun amour.


Commentaire

Il y a des similitudes entre ce livre et l'homme assis dans le couloir. On y retrouve un acte sexuel, un abandon des corps, un huis clos (ici, c'est une chambre alors que dans le livre précédent, il s'agit d'un couloir)

Le thème du roman est l'amour impossible et l'absence de désir. C'est une reproduction de l'histoire que Duras a eu avec Yann Andréa, homosexuel lui même et donc incapable d'avoir du désir pour elle, alors qu'elle l'aimait ouvertement. Ce thème sera celui du livre Les yeux bleux cheveux noirs, publié en 1986. La maladie de la mort est un texte intime, ressemblant à une confession de l'auteure qui y délivre un message qui aujourd'hui semble daté : D'après elle les homosexuels ne peuvent pas s'attacher à quelqu'un, ils sont condamnés à passer de relations en relations, sans qu'il ne puisse y avoir de construction avec un éventuel partenaire. C'est une idée forte chez elle, qu'elle estime grave et qu'elle nomme la "maladie de la mort" : L'incapacité à aimer réellement.

Vous n’aimez rien, personne, même cette différence que vous croyez vivre, vous ne l’aimez pas. Vous ne connaissez que la grâce du corps des morts, celle de vos semblables

Vous annoncez le règne de la mort.

Chez Duras la mort peut être vécue plusieurs fois, c'est un état de fait, une condition temporaire de l'être humain. Elle se caractérise par une absence d'amour, des lacunes graves dans sa vie quotidienne qui entraîne une mort sociale, une mort des sentiments. Ainsi est le personnage central du livre, dans cet état de mort recherchant auprès d'une prostituée un souffle d'air bénéfique.

Il faut dire un mot de la prostituée. En fait, ce n'en est pas une, il s'agit d'une femme prête à offrir son corps contre de l'argent, mais de façon occasionnelle, pour cette relation là. Elle n'en a pas fait son métier, elle ne vit pas de ces revenus-là. Il y a un contrat entre eux. L'écrivain est demandeur du corps d'une femme, la nuit, pendant un certain nombre d'heures. Il établit donc un contrat dans lequel des règles précises sont définies et devront être respectées. Entre autres, elle devra être nue, dans la lumière, offerte et docile.


Style

Le style de ce roman est proche de celui du théâtre. Duras a voulu mettre en avant l'interaction entre les personnages en donnant de nombreuses indications aux lecteurs sur leur environnement. Ainsi débarrassé de la tache qui consiste à comprendre le décor, le lecteur peut se concentrer sur l'essentiel, l'absurdité de la recherche de l'amour qui il ne peut pas exister.

A noter que le titre original était "Une odeur d’héliotrope et de cédrat", mais il fut abandonné dès que le roman est devenu conséquent. L'écrivaine a tenté de l'adapter au théâtre mais ne pu faire aboutir ce projet.


Environnement d'écriture

Ce livre fut assez pénible à faire naître. Marguerite Duras était atteinte par l'alcoolisme. Faible, peut attentive, elle dictait son texte à son secrétaire, Yann Andréa (sujet de quelques autres livres). Celui-ci avait du mal à interpréter ses paroles, brouillonnes. La rédaction de ce livre a été interrompu par la cure de désintoxication de l'auteure, ce qui retarda sa publication.


Adaptations

Ce roman a été adapté plusieurs fois au théâtre et au cinéma. La première adaptation fut théâtrale, dès 1986, à Berlin. La mise en scène fut prise en main par Peter Handke qui prit aussi le rôle principal. Il fit par la suite une adaptation cinématographique. Puis, en 2003, le livre fut à nouveau adapté en théâtre par Asa Mader, puis en 2006 par Bérengère Bonvoisin, au Théâtre de la Madeleine, à Paris. C'est Fanny Ardant qui prit le rôle.


Extraits

Alors ils attendent, dans ce lieu de théâtre où seule l’ombre de la mer rompt avec l’immobilité qui les étreint, cette mer noire qui bouge à la place d’autre chose, de vous et de cette forme sombre dans le lit


Lui aussi s’expose, et peut-être bien plus qu’elle, puisqu’il se brûle à l’altérité d’un corps, d’un sexe et d’une sexualité jusqu’alors ignorés de lui, radicalement inconnus, interdits. Vivre l’histoire, pour lui, c’est enfreindre l’interdit premier, tout à la fois celui de la femme - sexuelle et maternelle -, celui de l’hétérosexualité, et celui de l’amour.


Vous devriez ne pas la connaître, l'avoir trouvée partout à la fois, dans un hôtel, dans une rue, dans un train, dans un bar, dans un livre, dans un film, en vous-même, en vous, en toi, au hasard de ton sexe dressé dans la nuit qui appelle où se mettre, où se débarrasser des pleurs qui le remplissent.

Vous pourriez l'avoir payée.

Vous auriez dit : Il faudrait venir chaque nuit pendant plusieurs jours


De la bouche entrouverte une respiration sort, revient, se retire, revient encore. La machine de chair est prodigieusement exacte.


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