Dix heures et demi du soir en été


Dix heures et demi du soir en été, c'est un roman de Marguerite Duras publié en 1960 aux éditions Gallimard.

Couverture du livre Dix heures et demi du soir en été

Résumé

L'histoire est celle d'une infidélité. Qui dit infidélité, dit couple. Ici, il s'agit de Maria et Pierre, deux touristes français et leur enfant Judith, partis en vacances avec leur amie Claire, jeune femme ouverte, franche et sympathique. Elle est secrêtement amoureuse de Pierre. L'élément déclencheur, c'est l'arrêt qu'ils sont obligés de faire en Espagne, dans un petit village, dans un hôtel bondé où chacun tente de trouver son confort ou son intimité au milieu des autres. Cet arrêt va immobiliser les protagonistes dans un endroit clos et l'amour que se donne Pierre et Maria passe au second plan face à celui de Claire et Pierre.

Maria va alors noyer ses peurs dans l'alcool, attendant patiemment que l'inévitable rapport sexuel entre son amie et son mari se produise. Elle imagine ce qu'elle doit être et se plait à croire qu'elle est animée du même amour.

A partir de là arrive un autre personnage important : Rodrigo, un homme du village ayant tué sa femme et son amant. Rodrigo se cache, la police le cherche. Lorsque Maria le voit passer dans la nuit, elle se pose la question importante de son droit à tuer les amants. Elle entre en contact avec lui puis parvient à sauver Rodrigo, mais elle n'obtient pas pour autant sa réponse, préférant se plonger à nouveau dans l'alcool pour éviter d'avoir à affronter ses peurs.


Commentaire

Lorsqu'on résume simplement l'histoire, force est de constater qu'elle est à la fois simpliste et traitée à de multiples reprises précédemment. Toutefois chez Duras rien n'est jamais pareil qu'ailleurs. Ce roman met en avant Maria, sa mélancolie, sa jalousie, son alcoolisme. Femme aujourd'hui peu désirable, elle ne veut pas être prise dans l'étau de l'humiliation face à un désir qui s'éloigne et préfère assouvir ses besoins dans l'alcool. Il s'agit d'un substitut au crime, acte assez classique dans ce genre de situation.

Le style du livre est proche de ce qu'on appelle le "Style Duras". Les phrases sont courtes, factuelles. Le lecteur a une sensation de froideur, de distance avec l'écrivaine. Les mots fusent très rapidement, le livre se dévore. Ils appuyent la disparition de l'amour conjugal en mettant en avant une froideur que seule la passion pourrait faire disparaître, mais dont le rôle a finalement été attribué à l'alcool. Duras parvient à restituer la désillusion de son personnage de façon poignante tout en écrivant de façon factuelle : C'est un vrai tour de force.

On peut également dire que le lecteur se trouve dans une situation de voyeurisme. Il est le témoin malgrè lui de la chute de ce couple, de la déchéance de cette femme. Le lecteur est mis en situation dans l'histoire, il devient un acteur du livre et peut ressentir un certain malaise dû à la gêne bien normale que tout un chacun doit ressentir dans cette situation. La force de cette gêne est multiplié par le réalisme des scènes. Marguerite Duras se fait un devoir de décrire le décor, l'environnement des personnages, d'autant plus qu'il a une grande importance dans l'histoire, beaucoup plus que dans d'autres de ses livres où les situations psychologiques priment sur l'action. Ici, l'action a une certaine importance, d'où la nécessité de planter un décor précis qui immerge le lecteur dans l'histoire.

A noter que le titre du livre provient du moment crucial de l'histoire, à savoir le moment où Maria sait que son mari est dans les bras de son amie. Dix heures et demi du soir, en plein été. (Cf. l'extrait ci-dessous)


Réception par la presse

Ecrit en 1960, ce livre ne fut pas un grand succès de la critique littéraire. Les critiques furent assez féroces avec le livre, lui reprochant avant tout la répétition des thèmes abordés dans ses oeuvres précédentes.


Adaptation cinématographique

Ce livre a été adapté en 1967 par Jules Dassin. Mélina Mercouri jouait Maria et Claire était incarnée par la très belle Romy Schneider. Et comme pour le livre, le film eut un accueil critique très froid. Il faut noter qu'une adaptation télévisuelle a été prévue par Marguerite Duras elle-même, mais elle ne put faire aboutir ce projet.


Extraits

Sur les amants

Il faut attendre encore. Et tant l’impatience de l’attente grandit qu'elle atteint son comble, et voici, un répit se produit. Une main de Pierre est partout sur ce corps d'autre femme. L’autre main la tien serrée contre lui. C’est chose faite pour toujours.


Il est dix heures et demie du soir. L’été.

Ce doit être la première fois qu'ils s'embrassent. Maria éteint sa cigarette. Elle les voit se détacher de toute leur hauteur sur le ciel en marche. Tandis qu'il l'embrasse, les mains de Pierre sont sur les seins de Claire. Sans doute parlent ils, mais très bas. Ils doivent se dire les premiers mots de l'amour. Ils leurs montent aux lèvres, entre deux baisers, irrépressibles, jaillissants.


Sur le couple

- C'est la fin de notre histoire, dit Maria. Pierre, c'est la fin. La fin d'une histoire.

- Tais-toi.

- Je me tais. Mais, Pierre, c'est la fin.

Pierre s'avance vers elle, lui prend le visage dans les mains.

-Tu es sure ?

Elle dit que oui. Elle le regarde dans l'épouvante.


Comment nommer ce temps qui s'ouvre devant Maria ? Cette exactitude dans l'espérance ? Ce renouveau de l'air respiré ? Cette incandescence, cet éclatement d'un amour enfin sans objet ?


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