Détruire, dit-elle


Détruire, dit-elle est un roman publié en 1969 aux Editions de Minuit. Il s'agit d'un huis-clos.

Couverture du livre Détruire, dit-elle

Résumé

L'action de ce livre se déroule en huis-clos, un grand bâtiment désert, une sorte de maison de repos, ou une clinique. Il est entouré de bois sauvage, qui permet à l'auteur de laisser ses personnages ensemble. Ces personnages, eux, sont quatre. Il y a un couple, Max Thor et son épouse Alissa. Max est autant prévenant qu'Alissa est libre, il est autant effacé qu'elle est sensuelle. Alissa a une soeur jumelle, Elisabeth. Elle est alitée, en phase de récupération suite à la perte de son bébé mort-né. D'un caractère effacé, elle en plus faible, suite à sa situation sanitaire. Le quatuor est complété par un juif allemand, Mr Stein. Installé dans la vie, profitant de son statut social, Mr Stein prend le contrôle de son entourage, il est dominateur, et il a des vues sur Elizabeth. Mais la rivalité ne s'installe pas entre les deux hommes car un rapport ambigüe se monte entre les deux femmes, rapport fait d'amour et de sensualité, rapport qui rejette la domination des hommes.

L'histoire est dans ces quelques phrases. Il n'y a pas d'action particulière, juste un état des lieux. Le rythme est lent, le lecteur est porté par les repas, promenades, siestes et entre ces trois activités, les personnages échangent vaguement. C'est tout.


Commentaire

Le thème principal est la puissance du désir. C'est un thème récurrent chez Marguerite Duras, on le retrouve dans l'Amant, Les yeux bleus cheveux noirs, etc. Le désir se conjugue sous différentes formes dans ce livre. Le plus évident est le désir entre les personnages. Ceux du couple est à associer à l'amour. Celui entre Mr Stein et Elizabeth est un désir charnel, de possession. Celui entre les femmes est plus profond, il est basé sur l'échange, la découverte du partenaire, ce qui n'est pas sans inclure une homosexualité latente, jamais explicitement déclarée. Désir enfin entre les hommes, un désir initial fait de domination de l'autre et qui disparaît au fil de l'éloignement de leur cible, Elizabeth.

Le désir de chacun des protagonistes entraînent implicitement une volonté de détruire ce qui a été construit. Ils se détruisent mutuellement, psychologiquement, dans le but de faire disparaître leurs peurs, celles de perdre ce qu'ils ont construits. Les conventions sociales sont bien faibles pour lutter contre la force des désirs tels qu'ils les ressentent. D'où l'apparition d'un second thème du livre, la destruction des conventions sociales. Une destruction dérangeante, violente, qui instaure un climat nauséabond pour le lecteur tout autant que pour les personnages, qui naviguent entre secrets intimes et déséquilibre mental.

Le décor n'est pas détaillé dans le livre. Il est donné par l'auteure en début de livre, dans un texte liminaire nommé "Note pour les représentations". C'est une façon pour elle d'aller relativement loin dans le manque d'action, de description, de la situation. Ca participe aussi à concentrer le lecteur sur les personnages et leurs liens, encore une fois.


Analyse du livre

Lien entre le thème et l'auteur

Marguerite Duras faisait fi des conventions sociales, et c'est probablement la raison de l'existence d'un tel livre. Elle disait volontier que l'un de ces buts dans la vie et de mettre à bas les règles sociales qui régissent notre société dans le but de révolutionner notre façon de vivre et de faire émerger une nouvelle façon d'aimer et d'être aimé. La destruction de l'ordre établit apparaît dans la plupart de ses livres, mais celui-ci est uniquement axé sur ce thème. L'écrivaine s'est d'ailleurs inscrite au parti communiste français pendant quelques années, un parti de l'extrême censé bousculer les conventions sociales.


Origine du livre

Ce livre n'est pas une création originale, au sens où il s'agit d'une reprise de la nouvelle "Les chantiers", datant de 1954. La nouvelle a été réécrite, puis augmentée pour en arriver à Détruire, dit-elle. Marguerite Duras l'avait appelé "La chaise longue", mais il fut rebaptisé "Détruire, dit-elle" par Alain Robbe-Grillet lors de sa parution aux éditions de Minuit.


Style d'écriture

Le style d'écriture est celui de Marguerite Duras : Haché, flou, fragmentaire. L'écrivaine refuse la littérature claire, classique, lui préférant ce style décousu qui lui permet d'exprimer des sentiments de façon bien plus profonde que si elle se contentait de les décrire. Chez elle, les paraphrases retiennent l'attention du lecteur qui peut alors sauter d'un personnage à un autre en conservant à l'esprit leurs sentiments respectifs. Il y a une certaine homogénéité dans l'approche qu'elle fait des personnages, un mélange de situation, d'ambiance qui est dû à ce style haché. Les personnages ne se parlent pas : ils échangent des bouts de phrases que l'on sent issus de leur âme. "Détruire, dit-elle" ne peut pas être vu comme un roman traditionnel, c'est d'ailleurs une constante chez Duras. Il s'agit plus d'un ensemble de réflexions associées entre elles formant un tout. Parvenu à la fin du livre le lecteur ne peut le qualifier.

Extrait :
"- Madame, lit Stein. Madame, il y a dix jours que je vous regarde. Il y a en vous quelque chose qui me fascine et qui me bouleverse dont je n’arrive pas, dont je n’arrive pas, à connaître la nature.
Stein s’arrête et reprend.
- Madame, je voudrais vous connaître sans rien en attendre pour moi."

Adaptation cinématographique

Ce livre a fait l'objet d'une adaptation en film par l'auteure elle-même. Il s'agit d'une curiosité cinématographique, destinée à un public restreint de par sa complexité. C'était une oeuvre purement littéraire dans le sens où les personnages "parlent", ne "dialoguent" pas comme c'est le cas usuellement. Les textes proférés s'agglutinent les uns aux autres et l'image sert de support aux textes : Il ne sont composés que de plans larges, panoramiques, ou fixes, parfois rapprochés, qui s'attardent sur les personnages. Le jeu d'acteur est réduit : Peu d'action, peu d'échange. Leurs expressions sont limitées. L'ensemble est censé donner l'impression d'entrer dans l'intimité des personnages, de mieux comprendre leurs sentiments. C'est une tache tout durassienne que celle-là. D'aucun d'iront qu'elle y est parvenue. D'autres feront remarquer la très faible présence du public, limité à quelques connaisseurs et autres curieux.


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