Ah! Ernesto


Ah ! Ernesto est un roman de Marguerite Duras publié en 1971. Il a été remanié à plusieurs reprises avant d'avoir sa forme définitive. Initialement, c'était un film.

Couverture du livre Ah! Ernesto

Résumé

Placé sous le point de vue d'un enfant et écrit à destination des enfants, ce texte raconte le quotidien d'une famille d'immigrés installés en France. Il y a Emilio, un italien, son épouse russe Ginetta, et leurs sept enfants, dont Ernesto. Ernesto est un enfant espiègle doté de grandes capacités intellectuelles ainsi qu'un sens aigü de l'observation. Alors que l'ensemble de la famille est invisible au sein de la banlieue pauvre qu'elle habite, Vitry, Ernesto découvre la vie au sens large. Il a un avis sur tout, il sait tout, il peut tout expliquer, surtout lorsqu'il s'agit de philosophie, de métaphysique ou de religion. Ses connaissances lui permettent de refuser d'aller à l'école sous le prétexte que ce que l'on y apprends est faux ou imprécis. Lorsqu'il accepte de s'y rendre il progresse rapidement. Ces résultats vont lui permettre de s'extraire de sa condition, de ses parents alcooliques, de son environnement pauvre. Il deviendra professeur de Mathématiques.

L'échange entre Ernesto et son maître est assez suréaliste. Le maître tente de comprendre cet enfant borné, qui refuse son savoir, mais il insiste, tente de le découvrir, de creuser la nature profonde de l'enfant. Ce dernier s'amuse, s'oppose, refuse de s'instruire. La phrase principale du livre, celle qui déclenche toute l'histoire, est sans conteste la réponse d'Ernesto à sa mère lorsque celle-ci lui demande pourquoi il refuse de retourner à l'école. "A l'école on m'apprend des choses que je ne sais pas." Etonnant de la part d'un enfant, mais c'est le point de départ de longues conversations entre adultes sur la nécessité de s'instruire, de progresser dans la vie. Et lorsque les parents demandent au maître si un jour il saura lire, ils reçoivent pour réponse un "Oui" généreux, "Par la force des choses".


Commentaire

Ce livre a une histoire qui n'est pas commune. Il ne s'agissait initialement que d'un court texte qui a servi de support à un film de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, un court métrage n'ayant pas eu l'approbation de l'auteure avant sa réalisation. En 1982 Marguerite Duras décida de le reprendre en y ajoutant des souvenirs qu'elle faisait dire à Ernesto, puis lui changea son nom, le passant successivement de "Les enfants d'Israël" à "Les enfants du roi". Ce nouveau texte fut le point de départ d'un nouveau film, réalisé en 1985 par l'auteure, film qui resta confidentiel et dont la paternité du scénario fut tellement contesté qu'un jugement du tribunal finit par en interdire l'exploitation.

A ce stade, Marguerite Duras avait l'impression d'avoir abandonné ses personnages. Ce sentiment de frustration était d'autant plus important qu'elle avait tourné le film à Vitry, lieu où se déroule l'action du livre, ce qui la rapprochait de ses personnages littéraires. Souhaitant populariser la détresse des laissés-pour-compte de Vitry elle s'attela à la réecriture d'une version définitive du livre qui aboutit à la publication du roman de 150 pages en 1990. Initialement le titre était "Les ciels d'orage, la pluie d'été" mais elle préféra "Ah ! Ernesto".

Bien qu'écrit en français, ce livre contient de grande portion d'espagnol, de portugais et même quelques mots n'existant pas, mais qui devraient exister, selon elle. Ce mélange de langue est à l'image de la Vitry, que l'auteure voyait comme la pire des banlieues parisiennes, sales, pauvres, mal conçue. Elle s'y est rendu une bonne quinzaine de fois et à chaque fois, elle s'y est perdu (dixit Marguerite Duras) Dans sa forme, il est écrit sous l'angle de vision d'un enfant, et en ça on y retrouve une ambiance de Lewis Caroll. C'est un roman comique malgré la gravité du sujet, où plutôt il contient des éléments du domaine de l'amusement, de la légèreté. C'est assez inhabituel chez Marguerite Duras.


Critiques

A sa sortie les critiques littéraires ne se sont pas déchaînés sur ses qualités, il faut bien le dire. Un texte simple, sans imagination ont dit certains. D'autres signalent que ce n'est pas son meilleur texte. La critique n'est donc globalement pas très bonne. L'accueil du public est identique, sauf que pour le public, la sanction se trouve dans les ventes : Ce livre ne fut un échec commercial, tout simplement.


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